Enfant TDAH sans amis : comprendre le rejet et l’aider à créer des liens
Chez l’enfant TDAH, l’impulsivité et l’inattention compliquent souvent les codes du jeu et exposent davantage au rejet par les camarades.
On vous a peut-être conseillé de l’inscrire au foot « pour qu’il se fasse des copains ». Il y est allé. Il a couru partout, crié trop fort, pris le ballon sans attendre. Et le samedi suivant, il ne voulait plus y retourner.
Pendant ce temps, les anniversaires passent sans invitation. La récré se passe seul, ou au bord du jeu des autres. Le soir, une petite phrase tombe : « Personne ne veut jouer avec moi. »
Votre enfant a envie d’amis. Ce qui lui manque, ce sont les petits gestes qui permettent d’entrer dans un jeu et d’y rester, et ces gestes-là s’apprennent.
Ce guide de TDAH Focus, écrit par une pharmacienne enseignante en pharmacologie et mère d’enfants TDAH, vous donne six repères. Pourquoi l’amitié coince, ce que dit la recherche, ce qui aide à la maison, ce que valent les groupes d’habiletés sociales, comment repérer un harcèlement et quand consulter.

Cet article fait partie de notre dossier complet : Comportement TDAH enfant : TOP, écrans et gestion des crises.
Pourquoi un enfant TDAH a-t-il du mal à se faire des amis ?
Un enfant TDAH a souvent du mal à se faire des amis parce que l’impulsivité et l’inattention brouillent les règles invisibles du jeu. Attendre son tour, écouter, voir que l’autre en a assez. Ce n’est pas un manque de gentillesse. Les gestes sociaux lui demandent plus d’effort qu’aux autres enfants.
Concrètement, voici ce que les autres enfants voient, souvent sans comprendre :
- Il coupe la parole et change les règles en cours de partie.
- Il ne supporte pas de perdre et le montre fort.
- Il décroche au milieu d’une histoire racontée par un copain.
- Il ne voit pas le soupir ou le regard qui veut dire « arrête ».
- Il joue trop brusquement, sans intention de faire mal.
Il y a deux cas de figure. Parfois, l’enfant ne connaît pas encore le geste : il ne sait pas comment demander à rejoindre un jeu. Parfois, il le connaît très bien, mais l’impulsivité passe devant au moment où il faudrait l’utiliser. Il sait qu’il faut attendre son tour. Il ne l’attend pas quand même.
Cette nuance change tout. Dans le premier cas, on enseigne. Dans le second, on entraîne au bon moment, en situation réelle, avec des rappels courts.
Si les conflits visent surtout les adultes, avec des refus en série et de la rancune, la question d’un trouble oppositionnel se pose aussi. Notre article TDAH ou TOP : 5 critères pour faire la différence vous aide à y voir clair.
Est-ce fréquent qu’un enfant TDAH n’ait pas d’amis ?
Oui. Les enfants TDAH sont plus souvent rejetés par leurs camarades et ont moins d’amitiés réciproques que les autres enfants. Une grande synthèse de 109 études montre que les relations avec les pairs sont le domaine social où le TDAH pèse le plus2.
Une étude a interrogé les camarades de classe de 165 enfants TDAH, en les comparant à un autre enfant de la même classe. Les enfants TDAH étaient moins appréciés, plus souvent classés parmi les rejetés et avaient moins d’amis qui les choisissaient en retour1.
Un détail de cette étude frappe beaucoup de parents. Ce sont souvent les enfants les plus populaires qui mettent l’enfant TDAH à l’écart. Le rejet ne vient donc pas seulement d’un « mauvais groupe ».
Dans cette synthèse, les études menées chez les plus jeunes retrouvent même les écarts les plus nets2. Les difficultés peuvent donc se voir dès la maternelle et le primaire.
Les mêmes scènes se rejouent chaque soir ? Le pack SOS vous donne des phrases et des gestes précis, à suivre en temps réel.
👉 Je veux le plan SOSPourquoi ne faut-il pas attendre que ça passe ?
Parce que le rejet laisse des traces. Une grande étude a suivi 300 enfants TDAH pendant huit ans. Ceux qui étaient rejetés vers 10 ans avaient plus d’anxiété et plus de difficultés globales à l’adolescence, même en tenant compte de leurs symptômes3.
Il s’agit d’une association, et elle ne prédit pas l’avenir de votre enfant. Elle dit simplement que la place de l’enfant dans le groupe mérite autant d’attention que ses notes. Les auteurs concluent d’ailleurs qu’il faut évaluer le rejet et le prendre en compte dans l’accompagnement.
Il y a aussi ce qui ne se mesure pas. Un enfant qui entend « t’es nul » plusieurs fois par semaine finit par le penser de lui-même. Certains enfants TDAH sont aussi très sensibles au rejet : une remarque banale peut les blesser pendant des heures.
Un résultat de cette étude surprend : avoir un seul ami réciproque n’a pas suffi à compenser les effets du rejet. Un bon copain, c’est précieux. Mais ce n’est pas une raison pour laisser de côté ce qui se passe avec le reste du groupe.

Comment aider son enfant TDAH à se faire des amis ?
Pour aider un enfant TDAH à se faire des amis, on avance petit et concret. Une compétence à la fois, un seul copain à la fois, des moments courts. Le but n’est pas qu’il soit aimé de toute la classe. Le but est qu’il vive des réussites avec un autre enfant.
Écouter d’abord, sans minimiser
Quand il dit « personne ne m’aime », le réflexe est de répondre « mais si, voyons ». Il entend alors que vous ne le croyez pas. Préférez : « Ça a l’air dur. Raconte-moi ce qui s’est passé à la récré. » Puis posez des questions précises : avec qui, à quel moment, qu’est-ce qui s’est passé juste avant.
Travailler une seule compétence à la fois
Choisissez une seule chose, la plus utile pour lui en ce moment. Entraînez-la à la maison, en jeu de rôle, avec des phrases toutes prêtes. Par exemple :
- Pour entrer dans un jeu : « Je peux jouer avec vous ? »
- Pour un refus : « D’accord, peut-être après. » Puis aller voir ailleurs.
- Pour réparer : « Pardon, je t’ai coupé. Vas-y. »
- Pour perdre : « Bien joué. On en refait une ? »
- Pour s’intéresser à l’autre : poser une question avant de parler de soi.
Quand vous voyez le geste en vrai, nommez-le tout de suite : « Tu as attendu ton tour, ton copain a pu finir. » Un retour précis aide plus qu’un « c’est bien ».
Inviter un seul copain, pour un moment court
Les grands groupes sont le terrain le plus difficile. À la maison, invitez un seul enfant, de préférence calme et qui partage un intérêt avec le vôtre. Prévoyez une activité claire : construction, dessin, jeu de société simple, ballon. Et arrêtez avant la fatigue, tant que ça se passe bien. Une rencontre courte et réussie vaut mieux qu’un après-midi qui finit en dispute.
Pendant le jeu, restez à proximité sans diriger. Si ça dérape, un mot discret suffit : « Tu te souviens de notre phrase ? » Après le départ du copain, un débrief de deux minutes : une chose qui a bien marché, une seule chose à retenter.
Lui offrir un lieu où il brille
Un club où il se sent compétent change le regard des autres, et le sien. Arts martiaux, théâtre, échecs, escalade, musique : peu importe, du moment qu’il y est à l’aise et que les règles sont claires. On y rencontre des enfants qui aiment la même chose. C’est souvent là que naissent les amitiés les plus solides.
Ce tableau résume les situations les plus fréquentes et des pistes pour chacune. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel qui connaît votre enfant.
| Situation | Ce qui se passe souvent | Ce qui peut aider |
|---|---|---|
| Seul à la récré | Ne sait pas comment entrer dans le jeu | Phrase prête, jeu de rôle, adulte de la cour prévenu |
| Disputes en jouant | Ne supporte pas de perdre | Jeux courts, s’entraîner à perdre à la maison |
| Jamais invité | Image collée à la classe | Inviter un seul copain chez vous |
| Copain perdu après un conflit | Ne sait pas réparer | Phrase d’excuse simple, aider à recontacter |
| Moqueries répétées | Possible harcèlement | Prévenir l’école par écrit, 3018 en France |
Les groupes d’habiletés sociales sont-ils efficaces pour le TDAH ?
Les groupes d’habiletés sociales seuls n’ont pas fait la preuve d’un effet net chez l’enfant TDAH. La revue Cochrane de 2019, qui a réuni 25 essais et 2 690 enfants et ados, ne retrouve pas d’amélioration cliniquement importante des habiletés sociales jugées par les enseignants. La qualité des preuves est faible4.
Votre enfant peut quand même y trouver son compte, par exemple en confiance en lui, ce que ces mesures captent mal. Mais aucun résultat ne peut être promis, et les essais disponibles sont souvent fragiles.
Une explication revient souvent : l’enfant apprend la règle dans la salle du groupe, mais il doit l’utiliser ailleurs, dans la cour, sous le coup de l’impulsivité. C’est pourquoi des chercheurs ont misé sur les parents comme « coachs d’amitié » : ce sont eux qui sont présents au moment où le geste doit sortir.
Les premiers résultats sont encourageants, mais encore limités. Dans un premier essai, de petite taille (62 enfants), le coaching des parents a amélioré l’acceptation par les camarades, selon des enseignants qui ne savaient pas quelles familles avaient suivi le programme5. Dans un essai plus grand de 172 familles, les comportements d’amitié se sont un peu améliorés, sans différence nette sur la qualité des amitiés6.
En France, les recommandations de la HAS citent les programmes d’entraînement aux habiletés parentales parmi les interventions à proposer aux familles d’enfants TDAH8. Parlez-en au médecin ou au psychologue qui suit votre enfant : c’est souvent la porte d’entrée la plus utile, pour les amitiés comme pour le reste.
Rejet ou harcèlement : comment faire la différence ?
Le rejet, c’est être laissé de côté. Le harcèlement, ce sont des attaques répétées : moqueries, surnoms, coups, exclusion organisée, messages blessants. Les enfants TDAH y sont plus exposés que les autres, surtout comme victimes, selon une revue narrative récente de 17 études7.
Certains signes doivent vous alerter :
- Il refuse d’aller à l’école ou a mal au ventre le matin.
- Il revient avec des affaires abîmées ou perdues.
- Il évite la cantine, la cour ou le bus.
- Il dit qu’il est nul, que personne ne l’aime.
- S’il a un téléphone, il sursaute quand il vibre.
Dans ce cas, ce n’est plus seulement une question de compétences sociales. C’est une question de sécurité, et elle relève des adultes. Demandez un rendez-vous à l’enseignant ou à la direction, venez avec des faits datés et confirmez par écrit.
Vous pouvez aussi demander des mesures simples. Un adulte référent à qui parler. Une surveillance de la cour aux moments sensibles. Un binôme bienveillant pour les travaux de groupe.
En France, le 3018 est le numéro national contre le harcèlement et le cyberharcèlement. Il est gratuit, anonyme, ouvert 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h, pour les enfants comme pour les parents. En Belgique francophone, le 103 est une ligne d’écoute gratuite pour les enfants, les ados et leurs parents.
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Quand faut-il consulter ?
Consultez le médecin ou le psychologue qui suit votre enfant quand l’isolement dure, qu’il touche son moral ou que les conflits se répètent malgré vos efforts. Un professionnel peut aussi vérifier si d’autres difficultés s’ajoutent au TDAH, comme une anxiété ou un trouble du langage.
Ne restez pas seul si vous remarquez :
- Une tristesse qui dure plus de deux semaines.
- Un refus scolaire qui s’installe.
- Des troubles du sommeil ou de l’appétit nouveaux.
- Des phrases comme « je voudrais disparaître ».
Si votre enfant parle de se faire du mal, n’attendez pas. En France, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h sur 24. En Belgique, le Centre de prévention du suicide répond au 0800 32 123.
Si le TDAH n’est pas encore diagnostiqué et que vous vous posez la question, un questionnaire peut vous aider à préparer le rendez-vous.
Pour cette semaine, gardez une seule chose : choisissez une phrase de la liste, entraînez-la deux fois en jouant, et repérez le moment où il l’utilise vraiment. C’est petit. C’est comme ça que les amitiés commencent.
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Questions fréquentes
Mon enfant TDAH n’a pas d’amis : est-ce grave ?
C’est fréquent et ça mérite de l’attention, sans paniquer. Les enfants TDAH sont plus souvent rejetés par leurs camarades, et le rejet est associé à plus de difficultés à l’adolescence. Agir tôt, à la maison et avec l’école, fait partie de l’accompagnement. Parlez-en au médecin qui suit votre enfant.
Comment aider mon enfant TDAH à se faire des amis ?
Avancez petit : une compétence à la fois, entraînée en jeu de rôle avec des phrases toutes prêtes, et un seul copain invité pour un moment court et bien cadré. Un club où il se sent à l’aise l’aide aussi à rencontrer des enfants qui aiment la même chose.
Le traitement du TDAH aide-t-il à se faire des amis ?
Le traitement peut réduire l’impulsivité et l’inattention. Mais, comme le rappellent les auteurs de la revue Cochrane de 2019, il règle rarement à lui seul les difficultés avec les camarades. Les gestes sociaux restent à apprendre et à entraîner. Toute question sur le traitement se discute avec le médecin de votre enfant.
Que faire si mon enfant TDAH est harcelé à l’école ?
Notez les faits avec les dates, demandez un rendez-vous à l’enseignant ou à la direction et confirmez par écrit. Demandez un adulte référent et une surveillance des moments sensibles. En France, le 3018 est gratuit et anonyme. En Belgique francophone, le 103 écoute enfants et parents.
Qui a écrit et relu cet article
Rédigé par Nora Ouassini, pharmacienne, enseignante en pharmacologie, fondatrice de TDAH Focus.
Relu par Sarah El Amri, psychologue clinicienne.
⚠️ Informations à but éducatif uniquement. Ne remplace pas un avis médical professionnel. Consultez toujours un médecin ou un psychologue qualifié pour toute question de santé.
Bibliographie et sources scientifiques
Les numéros en exposant renvoient à cette liste. Chaque identifiant PMID reste valable même si l’adresse d’une page institutionnelle change. Liens vérifiés le 22 octobre 2026.
- Hoza B et al. (2005). What aspects of peer relationships are impaired in children with attention-deficit/hyperactivity disorder? J Consult Clin Psychol. PMID 15982139
- Ros R, Graziano PA (2018). Social functioning in children with or at risk for attention deficit/hyperactivity disorder: a meta-analytic review. J Clin Child Adolesc Psychol. PMID 28128989
- Mrug S et al. (2012). Peer rejection and friendships in children with attention-deficit/hyperactivity disorder: contributions to long-term outcomes. J Abnorm Child Psychol. PMID 22331455
- Storebø OJ et al. (2019). Social skills training for attention deficit hyperactivity disorder (ADHD) in children aged 5 to 18 years. Cochrane Database Syst Rev. PMID 31222721
- Mikami AY et al. (2010). Parental influence on children with attention-deficit/hyperactivity disorder: II. Results of a pilot intervention training parents as friendship coaches for children. J Abnorm Child Psychol. PMID 20339911
- Mikami AY et al. (2020). Treatment of friendship problems in children with attention-deficit/hyperactivity disorder: initial results from a randomized clinical trial. J Consult Clin Psychol. PMID 33048569
- Montalva-Valenzuela F et al. (2026). Attention-deficit/hyperactivity disorder and bullying in school settings: a narrative review of implications for prevention and intervention strategies. Children (Basel). PMID 42650385
- Haute Autorité de santé (2024). Trouble du neurodéveloppement / TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents. Recommandation de bonne pratique. has-sante.fr




