Vacances médicamenteuses TDAH : faut-il faire une pause du traitement ?

Les vacances approchent et une question revient : « Est-ce qu’on pourrait arrêter la Ritaline cet été ? » Vous vous la posez peut-être parce que votre enfant mange peu, dort mal, ou parce que vous aimeriez voir comment il va sans traitement.

Par Nora Ouassini, pharmacienne, enseignante en pharmacologie, fondatrice de TDAH Focus. Dernière révision le 23 octobre 2026.

Une « vacance médicamenteuse », qu’on appelle aussi fenêtre thérapeutique, est une pause du traitement du TDAH, décidée et encadrée par le médecin, pendant une période calme. La réponse courte : ce n’est ni obligatoire ni interdit. Pour le méthylphénidate, la notice française prévoit que le médecin réévalue le traitement au moins une fois par an, en le mettant en pause, souvent pendant les vacances scolaires1. C’est donc une décision médicale, jamais un arrêt de votre propre initiative.

Une mère et ses deux filles ramassent des pommes dans un jardin en été

Cet article complète notre guide sur le méthylphénidate : Ritaline, Concerta, Quasym.

Qu’est-ce qu’une vacance médicamenteuse dans le TDAH ?

C’est une période choisie pendant laquelle on arrête le traitement du TDAH, le plus souvent pendant les vacances scolaires. Elle concerne surtout les enfants et les adolescents sous méthylphénidate (Ritaline, Concerta, Quasym en France ; Rilatine, Concerta, Medikinet en Belgique). Elle est préparée avec le médecin, avec un début, une durée et un suivi.

Ce n’est donc pas un oubli de prise, ni un arrêt « pour voir » décidé à la maison. La différence compte : une pause préparée permet d’observer et d’apprendre quelque chose. Un arrêt improvisé laisse surtout la famille seule face au retour des difficultés.

Beaucoup de familles y pensent. Les chercheurs qui ont recensé les expériences publiées depuis les années 1970 retrouvent des pauses chez une famille sur quatre à plus de deux sur trois, surtout l’été3. Cette question revient très souvent en consultation.

Votre geste : notez dès maintenant pourquoi vous y pensez (appétit, sommeil, envie de faire le point). C’est la première chose que le médecin vous demandera.

Des questions plein la tête avant le rendez-vous ? Le guide des médicaments y répond posément.

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Pourquoi le médecin peut-il proposer une pause ?

Le plus souvent, pour vérifier si le traitement est encore utile. La notice française du méthylphénidate rappelle que la durée du traitement doit rester limitée. Elle prévoit que le médecin le réévalue au moins une fois par an, en faisant une pause, souvent pendant les vacances scolaires1. Au Royaume-Uni, les recommandations officielles demandent aussi une revue du traitement au moins une fois par an2.

Il y a d’autres raisons possibles, toujours appréciées par le médecin :

  • Faire le point : les symptômes sont-ils toujours là, en dehors de l’école ?
  • L’appétit et le sommeil : des pauses plus courtes semblent pouvoir aider l’appétit et l’endormissement chez certains enfants3.
  • La croissance : si la courbe fléchit, le médecin peut en tenir compte dans ses choix.
  • L’avis de l’adolescent : un ado qui veut arrêter peut tester, sous surveillance, comment il s’en sort.

Votre geste : si vous voulez en parler, prenez rendez-vous un mois avant les vacances. Une pause se prépare, elle ne s’improvise pas la veille du départ.

Une pause aide-t-elle la croissance de mon enfant ?

C’est souvent la première inquiétude. On sait qu’un traitement prolongé par méthylphénidate est associé à un léger ralentissement de la prise de poids et de taille, surtout les deux premières années. En moyenne, l’effet est faible5. C’est pour cela que la taille, le poids et l’appétit sont mesurés au moins tous les six mois1.

Certaines observations vont dans le sens d’un effet positif des pauses longues sur la croissance3. Mais on ne sait pas encore si la croissance se rattrape entièrement. Une pause n’est donc pas un « remède » à la croissance : c’est un outil parmi d’autres, que le médecin choisit en regardant la courbe de votre enfant.

Pour comprendre ce que disent vraiment les études, sans dramatiser, lisez notre article sur la Ritaline et la croissance de l’enfant.

Quels sont les risques d’arrêter la Ritaline pendant les vacances ?

Le principal risque, c’est le retour des difficultés, et il n’y a pas que l’école. Dans une étude menée aux Pays-Bas, des enfants traités depuis plus de deux ans ont arrêté ou continué leur traitement sans savoir lequel : environ quatre sur dix de ceux qui avaient arrêté allaient moins bien, contre moins de deux sur dix de ceux qui continuaient4.

Ce résultat dit deux choses. Le traitement reste souvent utile après plusieurs années. Et certains enfants vont bien sans lui : c’est justement ce que la pause permet de découvrir.

Les vacances ne sont pas toujours calmes. Il y a la route, la piscine, les cousins, les nouvelles règles. Pour un enfant très impulsif, ces moments demandent beaucoup d’attention. La notice demande aussi une surveillance attentive à l’arrêt du traitement, car l’humeur peut changer1.

Votre geste : listez les situations de l’été qui demandent le plus de vigilance (baignade, vélo, longs trajets, séjour chez les grands-parents) et montrez cette liste au médecin.

Pour qui une pause a-t-elle du sens, et pour qui moins ?

Il n’y a pas de profil type. C’est le médecin qui pèse le pour et le contre, avec vous. Ce tableau rassemble les questions qu’il se pose souvent, pour vous aider à préparer le rendez-vous.

Ce que vous observezCe que ça peut vouloir direCe qu’on vous conseille
Traitement stable depuis longtemps, difficultés surtout liées à l’écoleUne pause d’été peut aider à faire le pointEn parler au médecin un mois avant les vacances
Appétit très faible, courbe de poids ou de taille qui fléchitLe médecin peut envisager plusieurs options, dont une pauseApporter le carnet de santé et vos notes sur les repas
Impulsivité forte, mises en danger, conflits fréquentsUne pause peut être plus difficile à vivreParler sécurité avec le médecin avant toute décision
Traitement récent, encore en réglageTrop tôt pour juger sans traitementLaisser le médecin finir l’ajustement
Été chargé : stage, rattrapage, colonieLes besoins restent proches de l’année scolaireEn discuter au cas par cas

Retenez surtout ceci : la bonne réponse dépend de votre enfant, de votre été et de votre famille. Elle peut changer d’une année sur l’autre.

Et les pauses le week-end ?

Certaines familles ne donnent pas le traitement le week-end, surtout quand les difficultés sont centrées sur l’école. Ces pauses courtes semblent pouvoir améliorer l’appétit et le sommeil chez certains enfants3. Mais elles ne conviennent pas à tout le monde : un week-end en famille, avec des frères et sœurs, des sorties et des écrans, demande aussi de l’attention.

Votre geste : si l’idée vous tente, posez la question telle quelle au médecin : « Est-ce que des week-ends sans traitement auraient du sens pour mon enfant ? »

Comment préparer une pause avec le médecin ?

Une pause utile se prépare en trois temps : avant, pendant et à la rentrée. Le médecin décide du principe, de la durée et des modalités. Vous, vous apportez ce qu’il ne peut pas voir en consultation : le quotidien.

  1. Avant : un rendez-vous environ un mois avant les vacances. Demandez quels signes doivent vous faire rappeler le médecin plus tôt (mise en danger, conflits à répétition, tristesse inhabituelle).
  2. Prévenir l’entourage : grands-parents, centre de loisirs, colonie. Chacun doit savoir qu’il y a une pause et qui appeler.
  3. Pendant : un petit carnet, deux lignes le soir. Humeur, repas, sommeil, disputes, moments réussis.
  4. À la rentrée : un rendez-vous avant la reprise de l’école. Le médecin décide s’il reprend le traitement et comment.

Pendant les vacances, les routines comptent encore plus quand il n’y a pas de traitement : heures de repas, coucher, moments calmes. Nos idées pratiques sont dans l’article TDAH et vacances : garder une routine qui aide. Et si c’est l’appétit qui vous inquiète, lisez Ritaline et perte d’appétit.

Hésiter avant de mettre son enfant sous traitement, puis hésiter avant de l’arrêter, c’est normal. La décision ne repose pas sur vos seules épaules. Votre rôle, c’est d’observer et de poser les bonnes questions. Le médecin, lui, tranche.

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Questions fréquentes sur les vacances médicamenteuses

Peut-on arrêter la Ritaline pendant les vacances ?

Oui, c’est possible, mais seulement si le médecin le décide avec vous. La notice française prévoit que le médecin réévalue le traitement au moins une fois par an, souvent pendant les vacances scolaires. N’arrêtez jamais le traitement de votre propre initiative.

Qu’est-ce qu’une fenêtre thérapeutique ?

C’est le nom qu’on donne en France à une pause du traitement décidée par le médecin. Elle sert à voir comment l’enfant va sans médicament et si le traitement est encore utile. Elle se prépare, avec un début, une durée et un rendez-vous de suivi.

Y a-t-il un effet de manque à l’arrêt ?

Les premiers jours, certains enfants peuvent être plus agités, plus irritables ou plus fatigués, notamment parce que les difficultés du TDAH peuvent revenir. La notice demande une surveillance attentive à l’arrêt, car l’humeur peut changer. Signalez au médecin tout changement qui vous inquiète.

Mon enfant peut-il partir en colonie sans son traitement ?

Cela dépend de votre enfant et du programme du séjour. Parlez-en avec le médecin et avec l’équipe de la colonie. Si le traitement continue, demandez au médecin et au pharmacien quels documents prévoir, surtout pour un voyage à l’étranger.

Un adulte TDAH peut-il faire une pause ?

La règle reste la même : une pause se décide avec le médecin qui suit le traitement. Chez l’adulte, il faut penser à la conduite, au travail et à la vie de famille. Les recommandations demandent de refaire le point sur le traitement au moins une fois par an.

Qui a écrit et relu cet article

Rédigé par Nora Ouassini, pharmacienne, enseignante en pharmacologie, fondatrice de TDAH Focus.

Relu par Sarah El Amri, psychologue clinicienne.

⚠️ Informations à but éducatif uniquement. Ne remplace pas un avis médical professionnel. Consultez toujours un médecin ou un psychologue qualifié pour toute question de santé.

Bibliographie et sources

Les numéros en exposant renvoient à cette liste. Chaque identifiant PMID reste valable même si l’adresse d’une page institutionnelle change. Liens vérifiés le 23 octobre 2026.

  1. ANSM. Résumés des caractéristiques du produit Ritaline LP et Concerta LP (méthylphénidate), rubriques 4.2 et 4.4 : réévaluation avec interruption au moins une fois par an, surveillance de la croissance, surveillance à l’arrêt. Base de données publique des médicaments. base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
  2. NICE (2018, mis à jour 2019). Attention deficit hyperactivity disorder: diagnosis and management (NG87), rubrique « Review of medication and discontinuation ». nice.org.uk/guidance/ng87
  3. Ibrahim K, Donyai P (2015). Drug holidays from ADHD medication: international experience over the past four decades. J Atten Disord, 19(7):551-568. PMID 25253684. PMID 25253684
  4. Matthijssen AFM et coll. (2019). Continued benefits of methylphenidate in ADHD after 2 years in clinical practice: a randomized placebo-controlled discontinuation study. Am J Psychiatry, 176(9):754-762. PMID 31109200. PMID 31109200
  5. Carucci S et coll. (2021). Long term methylphenidate exposure and growth in children and adolescents with ADHD. Neurosci Biobehav Rev, 120:509-525. PMID 33080250. PMID 33080250